Histoires de territoires

Nos chiens, comme leurs cousins les loups, délimitent un territoire où ils se sentent chez eux.
Chez les loups, le territoire d’une meute correspond globalement à l’espace qui pourra être défendu par le groupe pour y chasser et trouver la nourriture nécessaire à sa survie.
Dans une meute sauvage, lorsqu’un canidé remarque quelque chose d’anormal aux abords de son territoire, il grogne, aboie, pour signaler à toute sa meute qu’un danger est peut-être proche. Ce sont les chefs de meute qui, après avoir été prévenu de la sorte, décideront de l’attitude qu’il convient d’adopter.
Il est donc tout à fait naturel qu’un chien qui perçoit un bruit ou un mouvement inhabituel vous prévienne en grognant, ou encore, en aboyant. Par contre, si lorsque vous êtes prévenu et que vous demandez à votre chien de se taire, le chien continue à aboyer, cela signifie qu’il ne vous reconnaît pas comme le chef de la famille mais qu’il semble penser que c’est à lui que revient la décision de déterminer qui peut entrer ou sortir de chez vous. C’est un comportement dangereux, qui risque d’engendrer, tôt ou tard, un accident.Chien pourchassant un facteur
Nos facteurs sont malheureusement trop souvent victimes de ce genre de mésaventure. Pourquoi ? Tout simplement parce que vous n’avez jamais pris la peine de dire à votre chien qu’il n’avait pas à se mêler des allées et venues du facteur. Comme celui-ci arrête, tous les jours, sa voiture près de chez vous, et vient faire du bruit dans votre boite aux lettres avant de « s’enfuir » chez votre voisin, votre chien, si vous le laissez intervenir, aboyer, s’exciter, se convainc qu’il est le plus fort des clébards de la terre et que c’est lui qui met cet intrus en fuite. Chaque jour, il se sent plus fort ! Ne vous étonnez pas, alors, que votre facteur se fasse accueillir à coups de dents quand il ose mettre une semelle sur « votre » territoire parce qu’il doit vous remettre le colis que vous avez commandé…
N’encouragez pas votre compagnon à quatre pattes lorsqu’il aboie quand il est inquiet car, sinon, vous lui donnez la charge de garder votre territoire. Très bien me direz-vous, c’est ce que je veux, cela m’évitera de me faire agresser ou cambrioler. Sauf que… un chien à qui on confie ce genre de job, ne fera probablement aucune différence entre le cambrioleur et, par exemple, le jeune enfant qui viendra sonner à votre porte pour solliciter votre soutien pour la marche parrainée de son école, ou celui qui viendra jouer avec l’un de vos enfants, ou encore, votre médecin qui vient vous soigner.
Les policiers qui travaillent dans une brigade canine vous l’expliqueront certainement : un chien de travail, d’intervention, de garde, n’est plus un animal de compagnie. Il devient une arme et doit être utilisé avec le même genre de réserve et de précaution. Ce type de chien ne devrait jamais être en liberté dans un jardin d’accès aisé et n’a évidemment rien à faire sur la voie publique ! Dans nos villages, beaucoup trop de chiens semblent penser que leur territoire comprend aussi la rue devant chez eux alors que la loi impose à leur propriétaire le contrôle permanent de leur animal.
Nos chiens étudient en permanence la façon dont leurs compagnons humains leur donnent accès à certains endroits, ou pas. Plus il va pouvoir circuler partout chez vous, plus votre compagnon à quatre pattes sera convaincu d’être le maître à bord. Soyez donc vigilant ! Si votre chien s’impose dans certaines pièces, décide, contre votre gré, d’occuper un de vos fauteuils, s’il vous assourdit d’aboiements intempestifs, c’est qu’il n’est pas à la bonne place dans votre hiérarchie familiale. Il est important que vous modifiiez cette situation avant que n’arrivent de regrettables accidents.

Myriam Slegten, bénévole d’Activ’Dog    (www.activdog.be )

Dessins extraits de la revue de l’ONE: « L’enfant et le chien, de la sécurité à la complicité »

Article paru en décembre 2009 dans le bulletin communal officiel d'Houyet n° 76